lundi 13 avril 2015

Les notes de sang de Corinne De Vailly

Recto Verso éditions, papier, 304 pages disponible ici



En 1850, le célèbre violoniste tsigane Yoshka Sinti meurt à Londres. Toute la communauté des « Fils du vent » se retrouve autour de sa tombe, au cimetière, au moment de son enterrement. Dans la tristesse de cette journée pluvieuse, les violonistes sortent leurs instruments, se mettent à improviser et à jouer ensemble en l’honneur de leur maître disparu. Plus tard, un violon est laissé sur la tombe et un jeune homme s’en empare. Or, cet instrument est convoité par Hawthorne Lambton, maître horloger. Il doit le retrouver, coûte que coûte, puisque seul ce violon fabriqué à base d’ossements humains peut guérir son fils mourant et mettre ainsi fin au mauvais sort jeté sur sa famille depuis de nombreuses générations. Foster Riley, dit l’Assommeur de la confrérie des Freux, aura comme mission de retrouver l’objet précieux. Mais Foster a ses propres intérêts à protéger…


Avant tout, je tiens à remercier les éditions Recto Verso et Virgolia qui m'ont permis de découvrir ce roman.

Dans ce roman, à l'ambiance steampunk, un univers que nous retrouvons de plus en plus souvent, nous plongeons dans la ville de Londres de l'époque victorienne.
Une époque où il ne fait pas toujours bon vivre. 
La saleté, la pauvreté, les vols, les crimes et autres assassinats, les bandes organisées, les gens très riches, les gens très pauvres et les manipulateurs en tout genre sont légions.

Dans ce récit, nous suivons l'histoire de plusieurs personnages dont les chemins se croisent (en bien ou en mal) et dont le fil conducteur est un violon.
Mais attention, pas n'importe lequel ! C'est un violon maudit, capable d'apporter de bonnes choses mais aussi de terribles drames et auquel une légende tsigane est liée.

Pour Toszkána et son père Yoshka ( assassiné dans les rues de Londres), c'est un instrument qu'ils veulent détruire pour mettre une fin à une terrible malédiction, Lambton, maître horloger (mais il n'est pas que ça, loin de là) veut s'en emparer pour sauver son fils mourant, pour Riley, un assommeur (comprenez par là, un individu capable de tout pour obtenir ce qu'il veut) ses motivations sont plus sombres et c'est plutôt son propre intérêt qu'il sert. Et tous les autres personnages, passant de Mirko à Lady Clare sont tous impliqués à différents niveaux.

Nous nous retrouvons plonger dans un univers qui fait la part belle aux automates et autres inventions (dont le premier téléphone) tout en nous dépeignant avec beaucoup de détails et de précisions la vie au milieu des voleurs et coupe-gorges. Un monde où seuls les plus rusés et les plus forts peuvent s'en sortir.

Nous suivons le chemin du violon qui provoque tant de convoitises jusqu'à son issue finale mais est-ce vraiment la fin ?

Pour ma part, le début du roman me semblait un peu plat, je ne voyais pas très bien où ce violon, somme toute apparemment banal, allait nous mener mais après quelques chapitres, nous sommes happés par l'histoire de cet instrument et de tous ces personnages. Nous le suivons dans les ruelles mal famées de Londres, sur mer, dans la campagne anglaise et jusqu'en Transylvanie, berceau du violon et de sa malédiction.

Une lecture agréable, au sujet tout à fait original où le personnage central, cette fois, est un objet bien spécial. J'ai beaucoup apprécié la plume de l'auteur, ses descriptions sont tellement précises et imagées que l'on a aucun problème à s'imaginer ce monde un peu spécial.

http://virgolia.com/maisons-deditions/

http://www.rectoverso-editeur.com/


 
Soudain, une plainte, pure et solennelle, transperça le silence du cimetière. Des sanglots émis par les archets se joignirent à cette première note qui achevait de mourir, emportée par le vent. Un quatuor de violonistes se détacha du groupe d’une dizaine de personnes et entoura la sépulture. Leur chagrin s’écoula en une mélopée traditionnelle tsigane jouée avec recueillement. Dans le lointain, des rouges-gorges familiers entonnèrent quelques notes, en réponse à celles des instruments.
En ce matin froid et sombre de novembre, le soleil peinait à percer le voile de suie typiquement londonien qui s’étendait comme un linceul. Mirko Saster, jeune homme d’une vingtaine d’années, sentit la musique de ses ancêtres se répandre en lui. Il en appréciait chaque croche, double croche, soupir, noire et blanche. Même le crachin qui le mouillait de la tête au pieds ne pouvait le tirer de sa ferveur muette.
Brusquement, Mirko se raidit. Rien pourtant n’était venu troubler l’atmosphère recueillie du cimetière. Pourquoi ce frisson glacial sur son échine? De l’index, il écarta ses cheveux de jais qui tombaient en mèches détrempées sur ses yeux. À moins de quinze pieds devant lui, une libellule dansait une farandole désordonnée autour des musiciens. L’attention du jeune Tsigane fut retenue non seulement par le ballet de la demoiselle, mais aussi par les sons inhabituels qu’elle émettait. Dès lors, ses yeux ne furent plus que deux fentes sombres bordées de longs cils noirs. L’étrange beauté de l’insecte n’avait rien de naturel, il le comprenait bien. Ses ailes membraneuses et transparentes étaient façonnées dans le métal le plus fin qu’il ait jamais vu. Celui qui l’avait confectionné avait sans nul doute des doigts d’or. Du regard, Saster accompagna la libellule mécanique dans son vol ascensionnel qui l’éloignait de la tombe. À cet instant uniquement, il s’aperçut que la musique s’était tue. La communauté des Fils du vent et les musiciens s’en allaient en silence, disparaissant un à un dans la brume. Prudent, le jeun homme inspecta les alentours. Nulle trace de celui qui avait envoyé l’insecte-espion. Qui avait intérêt à épier la mise en terre du célèbre virtuose tsigane Yoshka Sinti?