samedi 16 mai 2015

Anatomie d'une fille à l'ouest d' Andrea Portes

Michel Lafon, 14 mai 2015 - Grand Format 283 pages


De loin, Anika Dragomir est une adolescente de 15 ans parfaite : cheveux blonds, lèvres glossées, troisième fille la plus populaire du lycée. De près, par contre, elle est complètement à l’ouest : un mélange de plans diaboliques (comme mixer des somnifères dans les milk-shakes) et de pensées révolutionnaires (remettre en question l’échelle de popularité du lycée). Mais elle est prête à tout pour garder ses secrets et maintenir son rang social. Car un pas de travers et Becky Vilhauser, alias le Dark Vador rose bonbon qui règne sur le lycée, transformera sa vie en enfer.
Alors quand l’ex-loser absolu, Logan McDonough, débarque transformé à la rentrée – beau, intelligent et mystérieux comme jamais –, Anika sait qu’il est interdit de le fréquenter. Après tout, ne serait-ce pas totalement dingue de tout lâcher pour un raté ?

**Merci à Camille et aux Éditions Michel Lafon pour ce roman**

En lisant le résumé, j'ai de suite été intriguée. J'aime beaucoup les récits qui se déroulent au lycée, avec une pimbêche tyrannique et cruelle comme chef de "meute", ça laissait présager une histoire épicée. 

Par contre, je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi jeune. Évidemment les dialogues collent bien aux personnages, puisqu'ils ont à peine quinze ans. Seulement les miens de quinze ans, sont loin, très loin.
 Au départ j'ai donc eu du mal. Je me suis dit, "mince ce n'est pas pour moi, c'est trop gamin et Anika est bien trop puérile et égocentrique pour que j'adhère" ! J'étais persuadée au bout de dix pages que ce livre allait être une torture (vraiment !). Comment allais-je supporter cette fille qui me semblait insouciante, mesquine, qui vole son patron et pire encore, qui le drogue ?! (et ça juste parce qu'elle le trouve con). Qui nous parle, à nous lecteurs, comme si on avait cinq ans ?! Franchement c'était mal parti. Et pourtant...

Au fil des pages, je me suis rendue compte que j'avais jugé trop vite !! Beaucoup trop vite ! Car ce roman est EXCELLENT

Anika Dragomir, la narratrice de ce récit, a 14 ans. Elle vit dans un bled du Nebraska. Becky Vishauser la numéro one du lycée, régit sa vie et celle des autres étudiants, faisant la pluie et le beau temps, enfin surtout la pluie car c'est une vraie garce, mais comme c'est la fille la plus populaire du lycée, tout le monde s'écrase, y compris Anika son "toutou", la numéro trois. 
Pour Anika être la troisième plus populaire du lycée est une super place, d'ailleurs en tant que "sang mêlée" "immigrée" elle ne pourra jamais espérer mieux. Elle est à moitié roumaine (un crime pour Betty !)
"-Écoute, l'immigrée. je ne suis plus en pétard contre toi. ça m'a juste agacée, j'imagine. Parce qu'il t'a sauvée ou je ne sais quoi, tu vois. Mais t'as raison. Bien- sûr qu'il ne t'aime pas. Enfin, je veux dire, ne le prends pas mal, mais t'es du genre métisse. Enfin, bon... sans vouloir être méchante. 
-Ouais, non? OK. Ce serait carrément dingue. 
- Et c'est vraiment sympa de ta part de m'avoir sauvée la mise. 
- Merci. Ben, tu sais, à quoi serviraient les amies, sinon ?
- On s'embrasse ?
- Ouais.OK. 
Et maintenant je serre dans mes bras Dark Vador en personne, tandis que Chip, un peu plus loin, croit qu'il en a fini de dégueuler, mais c'est faux, alors il marche carrément en gerbant sur son pull.
-T'es une vraie amie Anika.
C'est un miracle si je ne dégueule pas moi aussi.
Bref, Anika est victime de la mentalité et des codes du lycée où le paraître et qu'en dira-t-on sont les points fondamentaux et essentiels du "comment être une fille populaire et le rester". 

Mais voilà, Anika a beau se fondre dans le moule et paraître la fille parfaite qui sait où est sa place, elle n'en a pas moins une vision acérée de ce qu'elle est... de ce qu'elle fait. Et c'est ce que nous découvrons au fur et à mesure de notre lecture. Une jeune adolescente à l'esprit vif, qui peut faire des choses "mal" pour éviter le courroux de Dark Vador, alias Becky, mais qui derrière fait tout pour se rattraper. 
Et on se prend  très vite d'affection pour cette gamine. Son sarcasme unique, son cynisme si aiguisé, nous rendent totalement addicts de ce livre. 

Anika se retrouve dans un dilemme :  suivre son cœur qui bat pour Logan le "loser" et risquer d'être la nouvelle bête noire de Becky (et donc, de toute l'école) ? Ou accepter de sortir avec le plus beau parti de tout le Nebraska, Jared, et se faire tuer au passage, par Becky ? 
Ça ne m'a pas échappé que les deux seuls mecs au monde qui ont l'air de m'apprécier, disons, sont tous les deux inaccessibles pour des raisons totalement différentes. Bizarre, la vie, non ? Logan est hors de portée parce que c'est un paria au bahut et ça pourrait totalement me détruire si quelqu'un apprenait qu'on se balade en scooter et que je fais le mur pour le retrouver tard le soir. Jared Kline est le mec le plus canon de la ville, peut-être même de l'état, et si Becky savait ce qu'il a dit d'elle dans la bibliothèque pour les gens qui se la pètent, elle me jetterait en pâture aux loups. 
Cela peut paraître anodin, mais pour Anika c'est un vrai problème et elle a bien raison ! Le lycée c'est son monde, son centre de gravité... Et si celui-ci s'effondre, que deviendra-t-elle ? 
Arrivera-t-elle à passer outre, les ragots, les faux-semblants, et ses peurs, pour se laisser vivre telle qu'elle en a vraiment envie ? 

Ce livre est une leçon de vie. Il montre, sous une bonne dose d'autodérision et de sarcasme, les difficultés de l'adolescence. Je dois dire que la fin du récit, m'a fait l'effet d'un coup poing ! Pfiou ! Un super livre ! 

PS : Pour tout l'or du monde je n'irais vivre au Nebraska !! Le portrait que fait l'auteur de ses habitants, les Nebraskiens ? Les Nebraskanais ? Les Nébraskons ? Peu importe comment s'ils s'appellent d'ailleurs, mais bouh, ça fait peur lol ! 



Ce livre est un service-presse des Éditions Michel Lafon