dimanche 20 décembre 2015

Le fil rouge de Paola Barbato

éditions Denoël, 5 novembre 2015, 366 pages, disponible en version papier et numérique ici
Traduit de l'italien par Anaïs Bouteille-Bokobza




Antonio Lavezzi mène une existence solitaire et monotone depuis le jour où Michela, sa fille de treize ans, a été sauvagement assassinée. Sa femme l’a quitté, et le meurtrier n’a jamais été arrêté. Antonio travaille dans le bâtiment avec un ami d’enfance. Ce dernier lui présente inlassablement de petites amies potentielles qui ne l’intéressent pas. Lorsqu’un corps est découvert sur le chantier dont il est responsable, des éléments troublants amènent Antonio à penser que cette affaire et son histoire personnelle sont liées. Contacté par un homme mystérieux, baptisé l’Assassin, qui lui ordonne d'exécuter des criminels ayant échappé à la justice, Antonio décide d’obéir et va s’extraire peu à peu de sa torpeur et de son silence. L'Assassin semble savoir qui a tué Michela, et Antonio, pris dans une spirale meurtrière, est plus que déterminé à venger sa fille. 

 Je tiens à remercier les éditions Denoël pour ce service presse !

Voilà 5 ans qu'Antonio vit une vie réglée comme du papier à musique. 
Ses leitmotivs : ne pas penser, ne pas se souvenir !
Toute son existence est planifiée, calculée méthodiquement pour ne laisser aucune place à l'imprévu, pour que rien ne vienne troubler cette routine bien établie qui lui permet d'éviter de se souvenir de ça !! 
Ce tout petit mot renferme le drame qui a bouleversé sa vie il y a 5 ans : le massacre de sa fille de 13 ans, affaire jamais résolue et qui le mine peu à peu !
Mais toute sa vie, son calme apparent, son travail, ses connaissances : tout n'est qu'une façade derrière laquelle Antonio se retranche pour éviter de penser à ça.
Mais toute cette non-vie va voler en éclat lors de la découverte d'un cadavre sur un de ses chantiers et de 3 petits mots sur le pas de sa porte : UN DE MOINS !
A partir de ce moment, Antonio va sortir peu à peu de sa torpeur, les questions et les actes vont s'enchaîner, l'entraîner vers des chemins qu'il n'aurait jamais pensé ni voulu, un jour parcourir.

Ce roman est un véritable coup de poing, il nous entraîne au cœur de la vie, de la mort. Nous partageons la souffrance d'Antonio, sa solitude, son déni. Nous découvrons jusqu'à quel point (comme si on en doutait encore), l'être humain, dit évolué, est capable d'agir pour satisfaire ses pulsions !
L'auteur nous emmène dans un voyage au cœur de la vengeance, de la souffrance. Voyage d'où on n'en ressort pas indemne.

Jusqu'où peut-on aller par vengeance ? Jusqu'où pourriez-vous aller ?

...Elle parlait lentement.
- Les gens ne comprennent pas. Nous seuls pouvons comprendre. Pas les autres. Parce que, ce qui nous unit est un fil subtil. Les autres pensent que la douleur est une bombe qui t'explose dans le cerveau, mais ce n'est pas vrai. La douleur est comme de la bave de crapaud qui t'entoure, tu ne la vois même pas, tu ne la sens pas, jusqu'à ce qu'elle se mette à serrer, à te couper la chair et à entrer en toi de toutes parts. C'est un fil subtil, la douleur. Un fil rouge. Il nous relie, il nous serre, il pénètre tellement en profondeur qu'on oublie qu'on l'a à l'intérieur. On soigne les cicatrices, comme si elles étaient le mal. Puis un jour, le fil se tend, déchire tout, ouvre la peau. Et si on le suit, si on regarde où il se termine, il se termine dans un autre. Un autre comme toi. Un autre qui sait.
Elle s'arrêta, comme si ces mots lui avaient coûté un immense effort, puis murmura :
- La douleur est un fil subtil.