jeudi 7 juin 2018

Soeurs de Bernard Minier

Éditions XO/Broché 480 pages/5 avril 2018
Disponible en eBook 



Pauvres âmes déchues.
Il a fallu que je vous tue...


Mai 1993. Deux sœurs, Alice, 20 ans, et Ambre, 21 ans, sont retrouvées mortes en bordure de Garonne. Vêtues de robes de communiantes, elles se font face, attachées à deux troncs d'arbres. 

Le jeune Martin Servaz, qui vient d'intégrer la PJ de Toulouse, participe à sa première enquête. Très vite, il s'intéresse à Erik Lang, célèbre auteur de romans policiers à l'œuvre aussi cruelle que dérangeante. 
Les deux sœurs n'étaient-elles pas ses fans ? L'un de ses plus grands succès ne s'appelle-t-il pas La Communiante ?... L'affaire connaît un dénouement inattendu et violent, laissant Servaz rongé par le doute : dans cette enquête, estime-t-il, une pièce manque, une pièce essentielle.

Février 2018. Par une nuit glaciale, l'écrivain Erik Lang découvre sa femme assassinée... elle aussi vêtue en communiante. Vingt-cinq ans après le double crime, Martin Servaz est rattrapé par l'affaire. Le choc réveille ses premières craintes. Jusqu'à l'obsession. 

Une épouse, deux sœurs, trois communiantes... et si l'enquête de 1993 s'était trompée de coupable ? 
Pour Servaz, le passé, en resurgissant, va se transformer en cauchemar. Un cauchemar écrit à l'encre noire.


 

Je tiens tout d’abord à dire qu’il s’agit de mon premier Bernard Minier et que je n’ai donc pas pu faire le parallèle avec ses autres romans. En faisant quelques recherches, j’ai compris que son personnage principal était aussi celui de Glacé (qui a été adapté en série TV) et Nuit. Sœurs peut être lu indépendamment –personnellement j’ai tout compris sans avoir lu les autres – mais il va sans dire que ça doit être encore plus savoureux de lire après les précédents romans. Passons donc à la suite.

L’histoire commence en 1993, Martin Servaz débute sa carrière de policier en faisant son entrée à la PJ de Toulouse. Il se retrouve également confronté à sa première affaire : le meurtre de deux jeunes étudiantes, Alice et Ambre, deux sœurs, retrouvées attachées à un arbre en tenue de communiantes. Très vite, l’auteur à succès, Erik Lang, dont elles étaient fans, devient le principal suspect. Non seulement il connaissait les deux jeunes filles et semblait proche d’elles, mais en plus, dans un de ses plus gros best-sellers La communiante, une jeune femme est retrouvée morte en tenue de communiante. Étrange coïncidence. De même, durant les interrogatoires auxquels il est confronté, le romancier fait preuve d’arrogance et de provocation, semblant s’amuser d’être le principal suspect du meurtre tout en clamant néanmoins son innocence.
Au cours de cette période, Martin découvre un aspect bien sombre de son métier, avec des collègues plus ou moins intègres et des méthodes douteuses. Puis l’enquête se conclut brusquement avec le suicide d’un jeune homme qui revendique être le meurtrier d’Alice et Ambre. Lang est acquitté, l’affaire classée.
Mais vingt-cinq ans plus tard, un autre meurtre fait ressurgir l’affaire des communiantes.
La femme de Lang, Amalia, est retrouvée morte à leur domicile en tenue de communiante et entourée de différentes espèces de serpents venimeux.
Quand Servaz arrive sur la scène de crime, il ne peut s’empêcher de repenser à l’affaire des deux sœurs mortes 25 ans plus tôt.
Il découvre alors un Éric Lang complètement abattu, bien loin de la personnalité arrogante qu’il a connue en 1993. Il est face à un homme en deuil, dévasté par la mort de la femme de sa vie et rongé par la douleur et la culpabilité.


Pour ce qui est de mon ressenti, j’ai tout simplement dévoré ce gros pavé qu’est Sœurs. La lecture est fluide et addictive, le suspens est grandissant, au fur et à mesure de notre lecture mes théories évoluaient et certaines révélations m’ont laissée comme deux ronds de flan. Notamment concernant le personnage d’Amalia. Je me suis dit : mais non ???? Mais c’est génial !!!! Un véritable coup de maître.
Le final aussi est grandiose avec un retournement de situation totalement inattendu. Magistral ! Un véritable autodafé.

La force du roman, en dehors de l’enquête palpitante, se trouve aussi dans les thèmes abordés. Notamment la relation auteur/ lecteur avec la mise en abîme, les questions qui en découlent « jusqu’où peut-on admirer un artiste sans que cela ne devienne obsessionnel et malsain ? ». En effet, le lecteur s’approprie le roman de l’auteur et parfois, par extension, l’écrivain lui-même, mais Bernard Minier nous offre le loisir de réfléchir et de nous poser la question : où se situe la limite entre la simple admiration et la vénération qui dérive vers la folie ?
Sur le même thème, j’ai beaucoup aimé les questionnements de Martin par rapport aux réseaux sociaux et à la façon dont ils pouvaient être nocifs. 
En ce qui concerne les écrivains, il met en avant le fait que les romanciers se sentent obligés de sortir de leur zone d’ombre, de laisser tomber leur « anonymat » pour « partager » davantage. Il montre que cette proximité est à double tranchant, qu’elle permet de se rapprocher de son lectorat mais qu’elle peut également dériver. Parallèlement, de façon plus générale, Bernard Minier met en avant le fait qu’en s’exposant sur la toile, on peut aussi se mettre en danger sans s’en apercevoir. Je ne citerai pas la réplique à laquelle je pense pour ne pas spoiler, mais pour ceux qui liront, il s’agit de celle où un des personnages dit que les réseaux sociaux ont changé sa vie car il avait accès en permanence à l’objet de son obsession et que c’était la première chose qu’il faisait le matin en déjeunant. Flippant.

Pour conclure, Bernard Minier nous offre une enquête palpitante sur plus de vingt-cinq ans avec une bonne dose de suspens et des rebondissements tout en donnant matière à réfléchir sur un thème d’actualité, avec un message de fond et sa problématique.




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