mercredi 4 mai 2016

Quand la nuit devient le jour de Sophie Jomain

Pygmalion, 27 avril 2016 - Grand Format 224 pages
Disponible en eBook


« On m a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m enfonce une épine dans le pied, décrire l échauffement d une brûlure, parler des n uds dans mon estomac quand j ai trop mangé, de l élancement lancinant d une carie, mais je suis incapable d expliquer ce qui me ronge de l intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n est en mesure de m aider. Dieu, la science, la médecine, même l amour des miens a échoué. Ils m ont perdue. Sans doute depuis le début.
J ai vingt-neuf ans, je m appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016.
Par euthanasie volontaire assistée. »

**Merci à Fanny et Sarah des Éditions Pygmalion pour ce roman**

Avant toute chose, il faut savoir que je ne lis habituellement jamais ce genre de lecture - quoique, à mon avis, ce roman ne ressemble à aucun autre ! - Je déteste les livres avec une trame dramatique qui me font déprimer. Quand je lis une histoire, c'est pour rêver, m'évader et me déconnecter de la réalité, or en lisant ce résumé, on se doute bien que cette lecture va nous mettre sens dessus dessous. Donc si vous vous demandez pourquoi je l'ai lue (et jamais je ne serais passé à côté), c'est en raison de son auteure, Sophie Jomain. Peu importe ce qu'elle écrit, que ce soit mon genre ou non, je le lirai.
Alors évidemment, je ne vais pas vous cacher que je la préfère dans des styles plus légers (en rapport à mes goûts personnels), mais encore une fois, avec ce récit, Sophie nous montre l'étendue de son talent. Elle nous prouve (une nouvelle fois) que de sa plume, elle sait tout faire et qu'on ne peut la cantonner à un genre particulier. Fantastique, romance contemporaine ou drame, elle brille dans tous les domaines. 

Concernant cette histoire, j'avoue avoir eu du mal à rentrer dedans au départ, non par manque d'intérêt, mais plutôt par crainte : j'avais peur de m'attacher à Camille (l'héroïne et narratrice de ce récit). En fait, je ne voulais pas m'attacher à elle, je savais que si je le faisais, c'était foutu pour moi !

En plus, il faut dire aussi que l'auteur aborde des thèmes tabous et dérangeants : L'euthanasie et la dépression ! Pfiou, c'est un sacré mélange ! Où comment nous bousculer, nous forcer à réfléchir et à s'enlever les œillères que l'on aime tant conserver pour se protéger de la réalité et de la dureté du monde. C'est un sujet à débat et à polémique, donc je ne rentrerai pas sur ce terrain. Tout ce que je peux dire, c'est que, tout au long de ma lecture, j'ai été le cul entre deux chaises, entre un sentiment de profonde empathie pour Camille et un autre d'incompréhension et de colère. 
Eh oui, il est beaucoup plus simple de comprendre et de "s'apitoyer" sur un cancéreux  en phase terminale que sur un dépressif. Je ne savais même pas qu'il était possible qu'une dépression puisse être considérée comme incurable et qu'elle rentre dans les critères recevables pour une mort assistée. Alors bien évidemment, cela m'a choquée, du moins au début, mais au fil des pages, on se rend vite compte que la maladie de Camille rend sa vie insupportable, que celle-ci n'est que perpétuelles souffrances. 
Et qu'on le veuille ou non, que l'on soit pour ou contre ses choix, on finit par s'attacher à l'héroïne. On n'a d'autres choix que de s'attacher à elle ! et de prendre sa peine et sa douleur pour nôtre. 
Même si je ne le voulais pas, j'ai fini par être emportée par ce récit. L'auteur sait retranscrire les émotions comme personne ! Elles sont fortes, sans jamais être surjouées. À chaque fois elles sont justes, ce qui rend ce récit terriblement éprouvant
Sophie Jomain a eu du mal à l'écrire (ce qui ne m'étonne pas) et nous, nous avons du  mal à le lire ! 

En bref ? Une lecture très éprouvante, que je suis fière d'avoir lu, mais que je ne relirai pas (le dernier chapitre a quand même failli m'achever !).