mercredi 27 juin 2018

La Terre des morts de Jean-Christophe Grangé

Éditions Albin Michel/Broché 560 pages/2 mai 2018
Disponible en eBook



Quand le commandant Corso est chargé d'enquêter sur une série de meurtres de strip-teaseuses, il pense avoir affaire à une traque criminelle classique.
Il a tort : c'est d'un duel qu'il s'agit. Un combat à mort avec son principal suspect, Philippe Sobieski, peintre, débauché, assassin.
Mais ce duel est bien plus encore : une plongée dans les méandres du porno, du bondage et de la perversité sous toutes ses formes. Un vertige noir dans lequel Corso se perdra lui-même, apprenant à ses dépens qu'un assassin peut en cacher un autre, et que la réalité d'un flic peut totalement basculer, surtout quand il s'agit de la jouissance par le Mal.



 
La Terre des morts, un titre qui m’a intriguée durant toute la lecture du roman. Je me demandais ce qu’il pouvait bien signifier, car je ne parvenais pas à trouver un lien avec l’histoire. J’ai donc commencé ce thriller en gardant cette interrogation dans un coin de ma tête.

L’histoire se déroule en 2016. Nous suivons le commandant Corso qui enquête avec son équipe sur une série de meurtres, dont les premières victimes, Sophie Sereys et Hélène Desmora, sont deux strip-teaseuses du Squonk, une boîte parisienne. 
Le meurtrier est minutieux et ne laisse aucune trace. Son mode opératoire : les victimes sont nues, ligotées avec leurs sous-vêtements et ont la commissure des lèvres coupées jusqu’aux oreilles ainsi qu’une pierre enfoncée au fond de la gorge. 
Tout laisse à penser qu’il s’agit d’un individu qui pratique le bondage. 
Munis de tous ces éléments, nous voilà donc prêts à enquêter.
Concernant le roman, j’ai été particulièrement sensible à trois aspects : le personnage de Corso, l’enquête et le procès.
Le commandant Corso :
Pour être honnête, je n’ai pas eu d’affinités avec ce personnage. Si, par certains aspects, il possède une forme d’acharnement dans son travail et dans sa bataille pour obtenir la garde de son fils qui est respectable, je n’ai pas réussi à avoir de l’empathie pour lui et ce, malgré l’évocation de son enfance difficile. 
Le personnage est à la fois simple et complexe. On se retrouve face au cliché du flic bourru abîmé par un lourd passif (abandon, violences, abus sexuels, drogues etc) avec un langage brut de décoffrage (certaines réflexions ont pu me faire grincer des dents) et des méthodes qui flirtent avec l’illégalité ou sont carrément illégales. 
Par le biais de son divorce et des souvenirs évoqués, on découvre cependant une facette plus fragile du personnage. Une phrase m’a particulièrement parlé : « Il n’aimait que les vierges éthérées, mais c’était pour mieux les souiller ». À travers ces mots, on comprend bien la haine que le personnage ressent envers lui-même et le dégoût qu’il a de sa personne.
L’enquête : 

Nous nous perdons dans les ruelles parisiennes, faisant un détour par l’Espagne et déviant même jusqu’en Angleterre, avec un personnage qui traque sa proie et ne lâche rien, pour notre plus grand plaisir. 
En effet, la deuxième partie du roman s’ouvre sur une discussion entre Corso et Jacquemart, un flic à la retraite depuis dix ans. Ce dernier a fait le voyage jusqu’à Paris pour lui parler d’un certain Philippe Sobieski, un ancien criminel qui a purgé une peine de dix-sept ans de prison avant d’être libéré en 2005. Dans la première partie du roman, Corso et son équipe pensent que le meurtrier est un peintre qui côtoie le monde du SM et qui s’inspire des Pinturas rojas (dans le roman ce sont des toiles de Goya qui ont été retrouvées par hasard) pour mettre ses crimes en scène. Et coïncidence, Sobieski, depuis sa sortie de prison – pour le meurtre d’une femme lors d’un cambriolage qui a mal tourné – est devenu un peintre renommé, « un tueur qui avait payé sa dette à la société et dont le talent inattendu avait éclaté à la face du monde ». 
Grâce aux documents que Jacquemart donne à Corso, ce dernier établit rapidement que Sobieski est un homme joueur, arrogant, vulgaire et mauvais garçon. L’ex taulard « avait tout pour faire frissonner la bourgeoise ». 
Corso apprend également que le peintre a eu une enfance difficile. Quand sa mère – qui se prostituait – ne le rouait pas de coups, elle le laissait livré à lui-même. Au fil des années, les mauvais traitements augmentent au point qu’à l’âge de treize ans, Sobieski est enlevé à sa génitrice puis placé en famille d’accueil où, à l’âge de quinze ans, il commet son premier viol sur une de ses sœurs adoptives. La vie de Sobieski ensuite se résume à celle d’un voyou : prison, viol, prostitutions etc. 
Le commandant Corso ne peut s’empêcher de penser que le peintre, durant les dix-sept années qu’il a passées en prison, a pu devenir un meurtrier. 
Il est dès lors persuadé qu’il tient son homme. 
La traque de Corso commence et elle est palpitante. Le flic n’a peur de rien et est prêt à tout pour arriver à ses fins. Il poursuit Sobieski, bien décidé à le prendre en flagrant délit.
J’ai particulièrement aimé le passage en Angleterre et le passage de plongée sous marine. Adaptée à l’écran, il serait particulièrement glauque ^^.
Jean-Christophe Grangé nous offre donc tout ce qu’on attend d’un bon thriller et j’en suis ressortie conquise.


Le procès : 

Le grand plus de ce roman est le procès du présumé coupable (je ne vous dirai évidemment pas s’il s’agit de Sobieski). Habituellement, on nous épargne cette étape et dans le cas présent, elle apporte vraiment beaucoup de matière à l’histoire. 
Nous faisons la connaissance de l’avocate du tueur, Claudia Muller, qui a la réputation d’être la meilleure pénaliste de Paris. 
Durant le procès, Corso parvient à approcher Claudia Muller et se retrouve complètement subjugué par cette femme et au cours de leurs discussion, on comprend que sa stratégie pour innocenter le présumé coupable sera brillante. Nous attendons donc fébrilement que l’avocate de la défense fasse son plaidoyer. 
Bien évidemment, je ne m’étendrai pas davantage.


Quand le procès se termine enfin, je me suis dit que le livre était également bientôt fini, mais il me restait encore quelques pages. Cela a à nouveau éveillé ma curiosité. Je m’attendais à une sorte de conclusion qui allait traîner en longueur… Eh bien, non ! 

Nous voilà à nouveau replongés dans le suspens pour un dernier shoot d’adrénaline. 
Puis, soudain le dénouement, magistral et pour ma part complètement inattendu, et avec lui, la réponse à ma question : « Pourquoi la Terre des morts ? ».
J’ai mis plus d’une semaine à écrire cette chronique tant j’avais du mal à organiser mes idées, à « redescendre », car tout ce que je pouvais rédiger ne pouvait pas rendre honneur au génie de Jean-Christophe Grangé, (que j’ai découvert avec ce titre et que je relirai) et à son chef d’œuvre qu’est La Terre des morts.

Vous avez envie de frissonner et d’enquêter cet été ? Alors je n’ai qu’une chose à dire : foncez !





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