mardi 9 février 2016

Sa majesté maman de Anne B. Ragde

Fleuve éditions, 14 janvier 2016, 316 pages, disponible en format papier et numérique ici





" On a le devoir d'aimer ses enfants, mais pas celui d'aimer ses parents. " De sa mère, Anne B. Ragde a toujours fait un personnage de roman. De ses romans. Pour le plaisir, plus ou moins assumé, de l'intéressée... Aujourd'hui que Birte vit ses derniers mois, allant de lit d'hôpital en rendez-vous médicaux, sa fille n'a plus le choix : fini la mise à distance romanesque. La preuve d'amour, la seule, la vraie, ce sera de raconter sa mère, sans fard, sans pseudonyme. Une femme kaléidoscope, une Majesté du quotidien, capable d'élever seule ses filles, dans le dénuement et l'adoration des belles choses, de créer un festin à partir d'un fond de frigo, de tuer pour un livre ou un tableau de Chagall... Peu encline aux tendresses, certes, mais l'inspiratrice d'une vie, la matrice d'une œuvre. Riche de cette relation patchwork, la fille fait de la mère un portrait doux-amer. Avec sa part d'ombre. Et son lot de lumière. 
Merci à Fleuve éditions pour ce service presse.

Dans ce récit, Anne B. Radge rend un hommage émouvant à sa maman décédée. 
Elle nous raconte le parcours atypique de cette femme hors du commun.

Seule pour élever ses deux filles, peu encline à la tendresse et aux câlins, elle va parvenir à force de débrouillardise et d'ingéniosité à leur rendre moins pénible une enfance où l'argent était rare. Elle savait rendre appétissant n'importe quel repas, l'art d'accommoder les restes était sa spécialité. C'était une femme et une mère très spéciale à qui Anne voue une admiration sans borne, une femme intelligente, cultivée, elle adorait la lecture, les expositions, la musique, parfois fantasque, elle était partie, sur un coup de tête, en stop à Istambul.
Son métier était complètement atypique : conductrice en chef d’un chariot élévateur chez un fabricant de sacs plastique.

C'est une lecture sans action, sans romance, sans rebondissement mais avec tellement de sentiments.
La joie, la tristesse, l'amour, la colère, la déchéance, tout est là pour nous donner une belle leçon de vie et nous faire découvrir un personnage haut en couleur.
Et quelle horreur que ces "homes" (on devrait plutôt dire mouroir) en Norvège. Récit poignant d'une fin de vie que l'on voudrait tant rendre la plus douce possible pour ses parents mais qui n'est pas le cas ici. Cette femme fière, qui a toujours mis un point d'honneur à se débrouiller seule et qui finit sa vie courbée en deux ... terrible !

A travers cet ouvrage, Anne lui rend justice et la dépeint sans faux semblants, disant tout de sa mère, le bon comme le moins bon mais on sent au cours de ce témoignage, une reconnaissance (parfois un peu tardive) pour tout ce que Birte a fait pour ses filles.

Un récit qui nous plonge au coeur d'une vie passant du passé au présent, avec des retours à l'enfance d'Anne, nous faisant vivre des petits morceaux de cette existence tellement riche.
Je voudrais encore vous en parler tant les anecdotes sont nombreuses, certaines émouvantes, d'autres avec une pointe d'humour, d'autres étonnantes mais je dois m'arrêter là ou sinon, je vais restituer ici tout le contenu du roman. ^^

Une magnifique déclaration d'amour et de reconnaissance pour une mère parfois dure, imprévisible, fantasque, érudite, captivante et pas toujours facile à comprendre.

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