vendredi 8 mai 2015

Le vide de nos coeurs de Jasmine Warga

Hugo Roman - 15 mai 2015, Grand Format 300 pages
(disponible en format eBook depuis le 07 mai 2015)


À 16 ans, Aysel n'a qu'une obsession : planifier sa propre mort à la perfection. Entre sa mère qui la regarde à peine, ses camarades de lycée qui l'évitent, et son père responsable de l'accident fatal qui a marqué sa petite ville à jamais, pour Aysel la vie est devenue trop lourde à supporter. Seul problème, elle n'est pas sûre d'y arriver seule. C'est alors qu'elle découvre Suicide Partners, un site qui lui permettra de trouver le compagnon idéal. Et c'est FrozenRobot, alias Roman, victime d'une tragédie familiale, sur qui elle jette son dévolu. Aysel et Roman n'ont rien en commun, mais ils commencent à apprivoiser leurs failles. Alors que la date fatidique approche, Aysel va devoir choisir entre son envie de mourir et celle de convaincre Roman qu'il ne devrait pas se sacrifier. Et Roman n'est pas du genre facile à persuader...

**Merci à Valentine et aux Éditions Hugo Roman pour ce roman**

Aysel et Roman, deux personnalités différentes réunis dans un même but : mourir. 
Aysel Seran, âgée de seize ans, est une jeune fille dépressive. Elle le sait et a conscience de ce mal qui la ronge. Elle le visualise même, telle une grosse limace aux dents acérées qui la bouffe de l'intérieur, ne laissant d'elle qu'une coquille vide. 
"La dépression, c'est comme un poids dont on ne peut se défaire. Un poids qui vous écrase et vous donne l'impression que la moindre tâche, comme nouer ses lacets ou mâcher une tartine, est une marche de trente kilomètres en montée. La dépression fait partie intégrante de vous ; elle s'infiltre dans vos os, vos veines. S'il a bien une chose que je sais à ce sujet, c'est ça : on n'y échappe pas."

Depuis des années maintenant, elle lutte. Contre elle-même et chaque acte du quotidien qu'elle doit accomplir. Contre sa famille avec qui elle n'arrive pas à communiquer. Contre les regards et jugements des autres pour le crime commis par son père. 
Mais Aysel en a marre de lutter, de faire semblant que tout va bien et d'être "normale" alors que ce n'est pas le cas. Elle capitule et sa seule solution est le suicide. 
En surfant sur le web et des sites dédiés aux suicidaires, elle tombe sur une rubrique "Partenaires de suicide",  (oui c'est glauque au possible !!) conçu pour ceux qui ont besoin d'aide pour passer à l'acte. L'annonce de FrozenRobot retient son attention. Déjà pour des raisons de logistique, il habite près de chez elle. Puis, ils sont presque du même âge puisque, Roman (de son vrai nom) a 17 ans. 
La seule exigence de Roman est qu'ils doivent se suicider le 07 avril. 

Roman et Aysel décident donc de se rencontrer pour planifier ensemble leur mort...
"-On devrait échanger nos numéros. 
Il y a quelque chose de poétique dans le fait que le premier garçon qui me demande mon téléphone soit celui avec lequel je vais mourir."
Il leur reste 26 jours pour s'organiser et préparer leur suicide. Ces 26 jours vont aussi leur permettre d'apprendre à se connaître. Avoir une oreille compréhensive qui sait écouter l'autre sans juger. Qui mieux qu'un dépressif peut en comprendre un autre ? Si les raisons de leur dépression sont complètement différentes, la peine qui en découle, elle, est identique, aussi puissante et dévastatrice ! Mais ensemble, elle paraît moins douloureuse, plus facilement gérable, et puis Aysel est très vite intriguée par Roman :
"Pourquoi Roman, athlète star et ami proche de candidats à la sélection pour l'équipe olympique, est devenu FrozenRobot, un garçon tourmenté qui traîne sur des sites dédiés au suicide ?"
Ce "partenariat de suicide" soulève des questions qui font réfléchir Aysel. Le doute s'installe...

Ils se sont liés pour mourir et pourtant de cette union jaillit une étincelle, un regain d'espoir... et si ce n'était pas la fin mais le début d'un renouveau ? Ensemble, parviendront-ils à combler le vide de leur cœur ? 


Le vide de nos cœurs traite d'un sujet grave, la dépression et le suicide chez les adolescents. Alors même s'il est parfois narré avec humour, il n'en est pas moins très dur. 
Chaque chapitre nous indique le nombre de jours qu'il reste à nos héros avant la date  fatidique du 07 avril. D'avoir ainsi le décompte des jours qui s'égrainent, donne un côté encore plus morbide et oppressant au récit.

Tout le long de ma lecture j'ai été perturbée et déstabilisée. Suivre l'histoire de ces deux adolescents en perdition, complètement paumés, dont leur mal-être suinte à chaque page, n'est vraiment pas évident à lire. 
De les voir projeter leur mort et en parler aussi librement comme s'ils organisaient leurs vacances, est troublant, dérangeant. C'est dur, et psychologiquement et physiquement ! Surtout qu'on les prend de suite en affection. On a envie les aider, de prendre leur douleur, de les câliner jusqu'à ce que leur tristesse disparaisse. Malheureusement nous ne sommes que de simples spectateurs :( 

Ce livre m'a beaucoup secouée, il est impossible de rester impassible avec ce genre de lecture. Beaucoup de sentiments contradictoires m'ont assailli. Mélange de tristesse, d'espoir, de colère et d'amour.  Les larmes ont été aussi difficiles à retenir et c'est les yeux embués que j'ai fini ce roman. 

Au final, j'ai encore du mal à émettre un jugement sur ce roman. J'ai en même temps adoré et détesté. 
C'est une lecture dure, poignante, dérangeante mais aussi pleine d'espoir ! À la fois effrayante et merveilleuse !! 


Et parce que deux avis valent mieux qu'un...


***Je remercie à mon tour Valentine et Hugo Roman New Way***


MARDI 12 MARS
J - 26


Je reconnais qu’au début je trouvais ça nase. Tout l’intérêt de me suicider, c’est justement de me retrouver seul pour l’éternité, donc je ne voyais pas pourquoi je voudrais m’associer à quelqu’un pour passer à l’acte. Mais aujourd’hui c’est différent. J’angoisse de me dégonfler à la dernière minute ou quelque chose de ce genre. C’est pas la seule raison, mais je ne préfère pas en dire plus ici.

Je pose seulement quelques conditions. Primo, je ne veux pas de quelqu’un qui a des mômes. J’aurais du mal avec ce genre de conneries. Secundo, vous devez habiter à moins d’une heure de chez moi. Je sais, ça peut sembler abusé vu que je vis dans un patelin paumé mais, pour l’instant, je m’y tiens. Et tertio, il faut que ça ait lieu le 7 avril. Date non négociable. Pour plus d’infos, envoyez-moi un message.
Signé : FrozenRobot


Voilà comment Aysel va rencontrer Roman. Par cette petite annonce, publiée sur  le forum « Partenaires de suicide »

Aysel, 16 ans, dit qu'elle a  une grosse limace noire en elle. C'est comme ça qu'elle met un nom sur sa dépression, sa tristesse permanente. Sa plus grande peur ? Être comme son père.
Elle arrive à un stade où elle en a assez et préfère mettre fin à ses jours plutôt que de continuer cette vie qui, selon elle, ne mène à rien et l'angoisse.

Roman, 17 ans, est, lui aussi, en pleine phase dépressive. Il traîne le poids de la culpabilité et ça, il ne le supporte plus.
Tous les deux vont devenir partenaires de suicide. Passer à l'acte, mais pas seul. À deux ça à l'air bien plus facile.

C'est extrêmement difficile de lire un livre sur les adolescents suicidaires, ou du moins, ceux qui y pensent. Y penser ne signifie pas toujours : passer à l'acte. Mais c'est un sujet douloureux qui réveille des émotions fortes.
Le vide de nos cœurs est, ce que j'appelle, une lecture douloureuse. On lit, sans vraiment y prendre de plaisir, mais on ne peut s’empêcher de finir. Jasmine Warga à choisi de traiter ce sujet d'une façon légère (quoique)  et c'est tant mieux, je ne sais pas si j'en serais venue à bout sinon.
 C'est triste, oui, mais c'est aussi plein d'espoir. Il faut pouvoir mettre des mots sur ce mal-être qui ronge beaucoup plus de jeunes adolescents que l'on croit. Parfois, juste parler peut faire la différence. 

Donc, une lecture douloureuse mais nécessaire et une bien belle leçon de vie pour Aysel qui découvre qu'elle peut être bien plus forte que la limace qui la ronge. Elle va lutter et aider Roman, car l'amour est bien plus fort que cette limace. Et comme le dit Jasmine Warga : une étincelle peut tout changer.


Ce livre paraîtra le 15 mai aux Éditions Hugo Roman